Article du Sud Ouest sur Les Perles de la Gourmandise
Zoubida Kerkour, 47 ans, dans son laboratoire de la presqu'île. Photo Denis Garreau.

Article du Sud Ouest sur Les Perles de la Gourmandise

SAINT-LOUIS-DE-MONTFERRAND

Perle de culture orientale

PORTRAIT Zoubida kerkour, 47 ans, s’est émancipée du salariat en créant sa petite entreprise. Elle cuisine des pâtisseries orientales diététiques et des buffets salés de qualité.

Olivier Darrioumerle – gironde@sudouest.fr


Taille fine et sourire généreux, cuisinière finement maquillée, Zoubida Kerkour est une pâtissière heureuse. Elle est en bonne santé parce qu’elle a osé transgresser les règles du calorique. D’origine algérienne, elle s’est permis de revisiter l’art oriental des gâteaux. Elle a éliminé le sucre, le beurre, la margarine, les huiles pour garder le meilleur : les fruits secs. Zoubida Kerkour a une quarantaine de gåteaux dans son répertoire. Des gammes de saveurs et de textures, comme un compositeur invente sa propre mélodie.

La pâtissière de 47 ans a conservé les ingrédients arabo-berbères et adopté les concepts occidentaux du design et de la diététique. « Pâtisserie du sud, moderne, c’est un nouveau concept », s’amuse-t-elle. Sa matière première, à base d’amande pour son goût neutre, est associée aux fruits à coque ou aux fruits séchés. Pistache, noix, datte, abricot, raisin, kumquat, fruits d’Extrême-Orient. «Les fruits secs sont naturellement sucrés. Ils conservent longtemps leurs arômes», explique-t-elle. Dans sa lancée, Zoubida Kerkour a développé une gamme de biscuits secs pour les sportifs.

L’esprit ouvert

Zoubida Kerkour sent qu’elle marche dans les traces de son père, commerçant kabyle à l’esprit ouvert. Et elle s’est toujours sentie à égalité avec les hommes : « Pourquoi seraient-ils les seuls à porter des projets ? Les femmes berbères ont toujours travaillé dans le commerce interne. Aujourd’hui, on a des moyens de faire du commerce à plus grande échelle.»

Son ange gardien, Mamadou Kouma, président du Centre d’insertion sociale économique de Cenon se félicite de l’esprit de sa protégée. « Elle est à l’opposé de ces femmes d’origines arabo-africaines traditionnellement destinées à la maison auprès de leurs hommes, qui sont souvent allergiques au travail des femmes.»

Zoubida Kerkour avait envie de travailler à son compte. Elle voulait que son projet prenne la lumière. «La difficulté principale fut de prendre la décision », reconnaît-elle.

Assistante médico-psychologue dans une maison de retraite, elle s’est installée à Saint-Louis-de Montferrand en 2001. Elle a vu grandir ses trois enfants avec un mari aimant. Mais, un jour de l’année 2013, lassée par la routine du salariat, elle a hésité à quitter la sécurité de son travail.

Elle commence à tester ses créations sur des marchés hebdomadaires. « J’avais d’excellents retours de mes premiers clients. J’ai décidé de me lancer, petit à petit.»

« J’ai pris confiance en moi »

En 2014, elle demande une rupture conventionnelle. Autour d’elle, son ancien patron, ses collègues, sa famille: tout le monde la soutient. Elle se lance avec ses petites économies. 8 000 euros pour acheter de la matière première et construire un laboratoire dans sa maison.

« Aucun prêt bancaire, pour ne pas travailler avec la corde au cou », mais elle se limite aux marchés de village. Fin 2015, elle répond à une invitation du club d’entreprises de Cenon. C’est le moment où elle rencontre son ange gardien, Mamadou Kouma.

« Comme disait ma mère, il vaut mieux viser haut, et rater, que viser bas et réussir ! », lui lance-t-il. Celui-ci l’inscrit aussitôt à la Foire internationale de Bordeaux. Quelques mois plus tard, c’est la Foire internationale de Paris. « J’ai pris confiance en moi », sourit-elle.

Ses pâtisseries baptisées Perles de gourmandise agrémentent les buffets d’entreprises et de particuliers, mais Zoubida Kerkour comprend que ses clients complètent son offre sucrée avec d’autres traiteurs. Elle développe alors une offre salée, intitulée Douceur de perle. Ses buffets, diététiques et raffinés, commencent à séduire les collectivités locales de la rive droite, le tribunal de Bordeaux, le Rocher de Palmer, l’Insup (organisme de formation, NDLR). La påtissière devient traiteur. Elle se lance dans l’événementiel, anime les soirées des assemblées générales. Les Nuits de la perle apparaissent.

Son site doit bientôt être référencé sur Internet. Prochaine étape, la création d’un salon de thé à Bordeaux. Voilà l’exemple d’une petite entreprise, au féminin, qui ne connaît vraiment pas la crise.

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